Aujourd’hui mon père fête ses 65 ans à  la Maison d’arrêt de Moroni.
De Paris, mes enfants, en vacances, me disent souhaiter m’aider à préparer le gâteau qu’ils voudraient envoyer à leur papy.
Face à l’innocence de leur regard, je me retiens de verser des larmes.
C’est un secret de Polichinelle, l’affaire de la “cheville de la main” est une machination destinée à décapiter la direction du Juwa, et, en prévision des élections, à empêcher principalement Ahmed Hassane El-Barwane de pouvoir porter les couleurs du premier parti des Comores.
Et, dans cette affaire, personne n’est dupe, une alliance objective rassemble les faucons du régime avec ceux qui se déshonorent de l’habilité de naviguer entre deux rives.
Des procès staliniens ont été organisés et le Beria national a tout fait pour asphyxier la parole des prévenus : dans leur ténacité courageuse, ceux-ci ont déclaré avoir subi les pires tortures en vue d’incriminer injustement mon père.
J’ai déjà par avance récusé cette justice illégitime, je dénonce aujourd’hui la honte d’une Cour de sûreté mercenariale. On sait qu’elle requiert ses ordres chez un seul homme, une seule autorité, Assoumani Azali, qui a déclaré que Barwane “ngudjo ola zinkudu ho prison”.
Assoumani Azali en répondra un jour devant la justice des Hommes avant celle d’Allah le Tout-Puissant.
Je plains les nigauds (quand ça les arrange) qui se sont laissé prendre par la propagande d’une circulaire, d’une note, etc. (les versions changent au gré de la manipulation), qui aurait été abrogée.
La vérité est que mon père avait fait publier un communiqué (depuis quand abroge-t-on un communiqué?) rappelant à la connaissance de tous, les conditions légales qui président à l’organisation d’une manifestation politique.
Du reste, presque tous les ministres de l’Intérieur qui l’ont précédé ou succédé (une note en ce sens a été publiée en 2014) en ont signé.
Mais on l’aura compris, ces manœuvres ont servi à planter un décor et tenté (en vain) de présenter mon père sous un mauvais jour, en prévision de sa condamnation inique et politicienne.
Dans ce rude combat pour la liberté, ma famille est fière de la dignité avec laquelle mon père tient tête à ses bourreaux.
Elle sait pouvoir compter sur les milliers d’anonymes qui nous écrivent pour nous soutenir ou appellent pour nous adresser une parole d’espérance.
Nombreux sont également ceux qui à longueur de journée, se battent avec la force des convictions en faveur des libertés. Je voudrais saisir cette occasion pour les en remercier chaleureusement.
Oui, mon père ce héros, avec tes petits-enfants je te souhaite un bon anniversaire, quoique j’aie le cœur serré et que je lutte pour ne pas me laisser prendre dans l’escarcelle de la haine.
Tu me l’as souvent répété, l’esprit de haine et de revanche est de l’ordre de la faiblesse et de la médiocrité.
Et, du fond de ta cellule, j’entends de loin ton cœur battre à l’unisson du peuple, au rythme de la liberté dont tu chériras toujours le nom!

Papa je t’aime, mon héros!

Haïna Hassane El-Barwane

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